L’interdiction de l’accès aux réseaux sociaux pour les moins de 15 ans est en passe de devenir l’une des mesures majeures de la politique de protection de l’enfance en France. Portée par l’exécutif et examinée par le Parlement début 2026, cette proposition a été adopté en première lecture par l'assemblée Nationale le lundi 26 janvier 2026. La loi pourrait entrer en vigueur dès la rentrée de septembre 2026, marquant un tournant important dans la régulation du numérique.
Cette initiative ne relève ni de l’urgence ni de l’improvisation. La question de la protection des mineurs sur les réseaux sociaux est débattue depuis plusieurs années et a été renforcée en 2025 par une commission d’enquête parlementaire consacrée aux effets psychologiques des plateformes numériques sur les jeunes, avec un focus particulier sur TikTok. Ces travaux, nourris par de nombreuses auditions d’acteurs du numérique et de créateurs de contenus, ont mis en lumière des inquiétudes croissantes concernant la santé mentale des adolescents. Ils expliquent pourquoi, depuis plusieurs mois déjà, les pouvoirs publics se penchent activement sur la question de l’encadrement des usages numériques des plus jeunes.
Une loi en cours d’adoption
Le texte prévoit d’interdire l’accès aux réseaux sociaux et aux plateformes de partage de vidéos aux mineurs de moins de 15 ans. L’objectif affiché est clair : limiter l’exposition des enfants et des jeunes adolescents à des contenus susceptibles de nuire à leur développement physique, psychologique et moral.
Après plusieurs mois de travaux, notamment à la suite d’enquêtes parlementaires, la procédure législative a été accélérée afin de permettre une application rapide. Si la loi est définitivement adoptée, elle s’appliquera d’abord aux nouveaux comptes créés à partir du 1er septembre 2026. Les plateformes disposeront ensuite d’un délai supplémentaire pour mettre en conformité les comptes déjà existants.
Par ailleurs, le texte prévoit également une extension de l’interdiction de l’usage du téléphone portable dans les lycées, déjà en vigueur dans les écoles et collèges.
Des dangers bien identifiés pour les mineurs
Les réseaux sociaux occupent aujourd’hui une place centrale dans le quotidien des adolescents. S’ils peuvent être des outils de communication, de découverte et de créativité, leurs effets négatifs sur les plus jeunes sont de plus en plus documentés.
Parmi les principaux risques identifiés figurent le cyberharcèlement ,souvent dans la continuité du harcèlement dans les établissements scolaires qui selon une étude menée par le ministère de l'éducaiton nationale en 2023 conerne environ 5 % des élèves du CE2 au CM2, 6 % des collégiens et 4 % des lycéens, montrant que le phénomène touche toutes les tranches d'âges. Insultes, moqueries, menaces ou campagnes de dénigrement en ligne peuvent avoir des effets délétères sur la santé mentale des victimes, allant de l’isolement à des troubles anxieux ou dépressifs, voir même au suicide.
Les réseaux sociaux exposent également les mineurs à des mécanismes de manipulation, notamment à travers les algorithmes de recommandation. Ceux-ci favorisent souvent des contenus extrêmes, violents ou anxiogènes afin de capter l’attention, encourageant une consommation prolongée et parfois addictive. Cette logique peut accentuer la comparaison sociale, le mal-être, l'isolement et la perte d’estime de soi.
Enfin, certaines plateformes facilitent l’accès à des contenus inadaptés à l’âge des utilisateurs, qu’il s’agisse de violences, de désinformation ou de tentatives d’influence idéologique et commerciale.
Des difficultés d’application importantes
Si l’intention de la loi est largement axée sur la protection des mineurs, son application soulève de nombreuses questions. La première concerne la vérification de l’âge. Plusieurs solutions sont évoquées, comme des systèmes d’identification via des documents officiels ou des outils technologiques d’estimation de l’âge. Toutefois, ces dispositifs posent des enjeux majeurs en matière de protection des données personnelles et de respect de la vie privée.
Un autre défi réside dans le risque de contournement. Les règles en place sur certaines plateformes sont déjà facilement évitables, et une interdiction stricte pourrait inciter certains jeunes à utiliser de faux profils ou à passer par des comptes d’adultes.
La loi introduit également un rôle accru des parents, notamment via le contrôle parental et l’autorisation explicite pour certains usages. Cela suppose un accompagnement renforcé des familles et une véritable éducation au numérique, afin que les règles ne soient pas uniquement perçues comme des interdictions, mais comme des outils de protection et de responsabilisation.
Entre protection et accompagnement
Au-delà de la responsabilité individuelle, cette loi interroge également le rôle des plateformes numériques, dont les algorithmes sont conçus pour maximiser l’engagement et le temps passé en ligne, au risque d’exposer les mineurs à des contenus inadaptés. Face à ces limites, la France s’inscrit dans une dynamique observée à l’international. L’Australie a par exemple adopté une mesure interdisant l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 16 ans, obligeant les plateformes à supprimer les comptes concernés, même s’il est encore trop tôt pour en mesurer pleinement les effets et les difficultés d’application.
Au Royaume-Uni, des projets similaires sont à l’étude afin de renforcer la sécurité des mineurs en ligne. À l’échelle européenne, plusieurs institutions et États membres réfléchissent également à relever l’âge minimum d’accès aux réseaux sociaux, parfois jusqu’à 16 ans, ou à renforcer le contrôle parental. Ces exemples traduisent une prise de conscience globale des risques posés par les réseaux sociaux sur la santé mentale et le développement des jeunes.
Cette loi ne vise pas à supprimer totalement le numérique de la vie des jeunes, mais à encadrer un usage jugé trop précoce et potentiellement dangereux. Cependant, pour être pleinement efficace, cette mesure devra s’accompagner d’actions complémentaires : prévention, éducation au numérique, sensibilisation aux risques en ligne et responsabilisation des acteurs du secteur.
Sans oublier un éventail de sanction fort à l'encontre des géants du numériques complaisants, car une loi sans sanction n'a aucun effet. Sans cela, le risque demeure que l’interdiction seule ne suffise pas à protéger durablement les mineurs dans un environnement numérique en constante évolution.
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